Publié le : 26/03/2025
J’entends cette question quasiment toutes les semaines… et, même si je comprends l’espoir qu’elle revête pour le parent qui me la pose, elle ne manque pas de m’attrister ou me mettre en colère en fonction des circonstances…
J’y répond régulièrement par une question que j’adapte en fonction de mon interlocuteur. Du genre : laissez-vous le choix à votre enfant d’aller à l’école ? A votre avis, si vous invitez votre enfant à choisir entre manger des pates ou des épinards, il opte pour quoi ? C’est pas à la majorité qu’un enfant fait ce qu’il veut ?
Je complète bien sûr ma réponse par la partie juridique qui consiste à expliquer qu’un enfant peut être entendu par un juge à partir de l’âge de discernement (pré-adolescence) mais que cette audition ne signifie pas que le juge va suivre la demande formulée par le jeune.
Cette audition de l’enfant, en pleine expansion, m’horrifie. En effet, elle devient un glaive dans le contentieux parental… J’assiste attristée à un usage détourné de cet outils juridique. Cette précieuse parole de l’enfant va être commentée par chaque avocat et ainsi être détournée au profit de la théorie affirmée.
Oui, par le biais de la loi, les parents sont invités à prendre en compte l’enfant et ses souhaits.
Mais l’enfant n’a pas à choisir !
Un enfant aura toujours un endroit où il préfère aller. Sans aucun doute, il s’agira de l’endroit où il se sent soit le plus confortable, soit le mieux accueilli. Les plus jeunes préféreront le foyer où ils se sentent le plus choyé. Les plus grands opteront parfois pour le foyer du parent le plus permissif. D’autres encore choisiront là où il n’y a pas de belle-mère/beau-père… En toute logique, ce moment de rejet d’un des deux foyers s’accentue à l’adolescence, âge d’or de l’émancipation et de la découverte de l’autonomie de pensée.
Mais faut-il y mettre de la justice là-dedans ? et surtout faut-il tenter de faire valider le discours de l’enfant par un juge ? Ma réponse est NON. Et elle sera toujours négative sauf à ce qu’un professionnel de la santé vienne m’expliquer l’opportunité de cette audition pour l’équilibre psychologique de l’enfant.
Je constate quotidiennement que, dans les familles qui ont vécu une séparation difficile, la défiance originelle refait surface dans ces moments là. Pour justifier la posture de leur progéniture, certains vont crier à la carence parentale tandis que d’autre vont affirmer la manipulation de l’enfant. Peu importe le vrai du faux, il est à peu près certain que l’enfant n’a jamais voulu ni imaginer tout ce cataclysme autour d’une simple envie de ne plus faire ses valises pour changer de foyer.
Il ne faut pas confondre changement d’organisation de garde et audition d’enfant.
Si le changement d’organisation de garde peut être légitimement nécessaire. Ce choix appartient uniquement aux parents et non à l’enfant.
La question de l’audition de l’enfant doit donc être la toute dernière corde à l’arc des parents après avoir usé de tous les outils préalablement essentiels.
Bien sûr que l’enfant a besoin d’être entendu. Mais est ce qu’il a besoin d’être entendu par un juge ? NON ! Avant toute chose, cet enfant a besoin d’être entendu par ses parents et notamment par le parent « rejeté »! S’il ne se sent pas entendu, c’est à mon avis ensuite par un thérapeute que sa parole doit être recueillie. Ce professionnel pourra alors l’aider réellement dans sa relation à ses parents.
S’il ne sait pas senti entendu par tout ce petit monde là comment voulez-vous qu’il réussisse à l’être par un juge ?
Pour ma part, je vis chaque audition de l’enfant devant un juge aux affaires familiales comme un échec cuisant. Chaque audition (que je ne demande jamais) me laisse un sentiment d’amertume et de gâchis familial.
Il y a nécessairement d’autres méthodes… plus difficiles mais plus prolifiques qui s’appellent
l’ouverture à l’autre, la souplesse dans le mode de garde, l’empathie et surtout la communication.
Il ne faut pas oublier que le parent, dont l’enfant s’éloigne, vit avec le sentiment de rejet et d’échec. Il sera très souvent dans la colère ou la dénégation. Les relations deviennent alors sensibles et difficile à gérer. Il y a donc un travail de fond relationnel extrêmement difficile mais nécessaire pour sauvegarder les relations de l’enfant à ses deux parents.
En tous les cas, Chers Parents, ne transférez pas sur les épaules de vos enfants la responsabilité qui vous incombe ! Devant un juge, c’est à vous de prouver que l’enfant grandit moins bien dans l’organisation actuelle. Ne faites pas croire à vos enfants qu’ils ont le super pouvoir de décider de leur lieu de vie. Vous risquez d’en faire des enfants rois. Et surtout vous pourriez bien cultiver chez lui la défiance en la justice. En effet, comment croyez-vous qu’ils vont comprendre qu’un juge ne tranche pas dans le sens de sa parole ?
Pour ma part sauf à être devant le Juge pour enfants (audition alors parfaitement légitime) ou à ce qu’un thérapeute m’affirme cette nécessité, je lutterai toujours contre l’audition de l’enfant, quitte à refuser de prendre le dossier…