Publié le : 25/06/2026
« Amuse toi bien » Ca c’est la petite phrase que je dis tous les matins à mes filles quand je les pose à l’école. La phrase « travaille bien » ne m’est quasiment jamais venue. Peut être parce qu’inconsciemment, j’ai toujours postulé que l’école serait un lieu où elles peuvent s’éclater. Aujourd’hui, mes filles et l’école c’est plutôt chouette. Je ne dis pas qu’elles sont exceptionnellement bonnes dans leur scolarité. J’avoue que leurs résultats scolaires ne m’ont jamais vraiment inquiété. Non, mon constat positif nait de quelques marqueurs essentiels à mes yeux : je les vois aller à l’école avec (la plupart du temps) plaisir, elles semblent y retrouver des profs qu’elles respectent, qui les respectent et elles sont portées par un réseau amical canon.
Pourquoi je parle de ça ? Parce qu’il y a peu de temps, j’ai lu un commentaire sur les réseaux sociaux qui m’a vraiment interrogé sur ma pratique. En gros, il m’était reproché de « croire aux pays des bisounours ».
Je me suis demandée si c’était le cas. Est-ce que la vision que j’ai de la séparation est complètement utopique ? Au cours de cette mini introspection, sans que je ne me l’explique, la petite phrase « Amuse toi bien » lancée quotidiennement à mes enfants m’est venue à l’esprit… Suis je une utopiste ? Est-ce que mon enthousiasme a du sens ? Force de constater que, pour la scolarité de mes filles, les résultats de cette confiance et de cet élan sont au rendez-vous ! J’ai l’impression qu’espérer qu’elles s’amusent dans leur journée d’école, les ont autorisées à aimer l’institution.
Du coup, est ce qu’espérer qu’une famille résiste à la séparation du couple n’est pas autoriser les gens à s’offrir un joli lendemain familial ?
En fait, c’est ça que je partage au quotidien : un espoir qui dépasse notre culture de la séparation et du conflit.
L’espoir, auquel je crois profondément, qu’un divorce n’est pas une fin mais une mutation familiale.
L’espoir que les parents, même après une séparation, restent des parents (et même pour certains découvrent être des parents grâce à la séparation).
Ca n’est ni une utopie, ni une vision sortie tout droit du pays des bisounours, mais c’est simplement un espoir partagé que je vois se réaliser dans de plus en plus de foyers.
C’est donc un espoir et une intuition… à l’heure où la famille nucléaire (un papa, une maman et des enfants sous le même toit) n’est plus tout à fait la norme, j’ai l’intuition que les familles recomposées seront de plus en plus dans l’altérité et dans la compréhension plutôt que dans la division cultivée aujourd’hui par nos peurs et nos incompréhensions.
Je partage au quotidien cet espoir pour que nos propres enfants, s’ils devaient un jour eux-même divorcer, feront mieux que nous… comme nous sommes déjà en train de faire mieux que nos propres parents à une époque où le divorce pour faute faisait légion et que le parent « non gardien » était exclu de la vie des enfants.
Donc non je ne crois pas au pays des bisounours, je me demande juste ce que j’ai envie de léguer à nos enfants. Si nos enfants doivent eux-même se séparer alors qu’ils puissent un jour se dire, grâce à la culture et l’éducation que j’essaye de partager : « cette épreuve est terrible, elle me fait peur et elle me fait souffrir mais si, malgré nos divergences, j’arrive à considérer l’autre et à le respecter… alors je n’ai rien perdu, j’ai même tout gagné ! »
